M comme La main à la pâte©

J’ai le plaisir de vous informer que cet article paraît également aujourd’hui sur le blog collectif « Les Vendredis Intellos » sous le titre « Le coco de Paimpol ». Venez découvrir ce site en cliquant sur le joli macaron situé sur la droite du blog.

Connaissez-vous « La main à la pâte ©»? Il s’agit d’une expérience initiée en 1995 par trois physiciens de l’Académie des sciences pour promouvoir l’enseignement des sciences à l’école maternelle et élémentaire.

Tout a débuté après la visite de plusieurs écoles publiques d’un quartier déshérité de Chicago, probablement sauvées du naufrage par Leon Lederman (Physicien américain, colauréat du Prix Nobel de Physique en 1988). Comment cela ? Eh bien, en y intégrant l’enseignement des sciences.

De retour en France, nos Académiciens décident de proposer un projet ambitieux au Ministère de l’Education Nationale car le constat est là : en 1995 seuls 3% des écoles proposaient un enseignement des sciences en primaire. On ne parle pas bien-sûr des mathématiques, qui étaient le critère d’excellence, mais bien des sciences de la matière comme la géologie, l’astronomie, la météorologie, la biologie mais aussi…la physique. Ainsi naquit « La main à la pâte ©».

Ceux qui me connaissent personnellement et ceux qui suivent mon blog savent que je m’intéresse de près à l’apprentissage des sciences aux tout-petits. Dans mes recherches, je suis tombée sur un excellent ouvrage que j’ai envie de partager aujourd’hui avec vous.

Il s’agit de « L’Enfant et la Science. L’aventure de La main à la pâte » par G. Charpak, P. Léna, Y. Quéré paru aux Editions Odile Jacob en 2005.

Dans ce livre qui se lit comme un roman d’aventure, les auteurs nous font revivre dix années d’expérience de ce projet devenu réalité. Ils y abordent l’émergence de l’idée, la proposition, les réticences de certains enseignants mais surtout le succès immédiat de l’initiative, l’adhésion sans réserve d’enseignants du primaire (y compris ceux de maternelle), le volontariat des élèves Polytechniciens pour assister les enseignants, la mise en place d’un prix annuel mais également des « dix principes » de la « La pain à la pâte ©».

Ses auteurs ne sont pas d’illustres inconnus: Georges Charpak, physicien des particules et prix Nobel de physique, Pierre Léna est astrophysicien  et Yves Quéré est physicien des solides.

Je vois déjà certains d’entre vous froncer les sourcils ou faire la moue. Vous êtes sans doute curieux de savoir comment ces trois physiciens ont réussi leur pari, alors que certains pensaient qu’ils n’avaient aucune légitimité dans l’enseignement ? Eh bien, tout d’abord, en faisant totalement participer les professeurs des écoles et ceci dès l’IUFM tout fraîchement créé. De nombreux enseignants ont très vite adhéré à l’introduction des sciences et ceci dès la maternelle. Il faut dire que l’idée n’était pas nouvelle et qu’elle avait été proposée en 1975.

« Sous le nom d’éveil, un mouvement pédagogique vigoureux, puisant ses racines dans l’école nouvelle d’après-guerre et dans les travaux du psychologue Jean Piaget […], a voulu introduire, dès 1975, un enseignement rénové de sciences expérimentales qui développe, aux âges de 6 à 11 ans, curiosité, créativité, esprit critique, souci d’objectivité et de rigueur »
Extrait de « L’Enfant et la Science. L’aventure de La main à la pâte » par G. Charpak, P. Léna, Y. Quéré aux Editions Odile Jacob, page 15

L’aventure a donc commencé avec la mise en place d’expériences dans les classes, initiée par les enseignants, où les enfants ont été les acteurs principaux. Toutes ces expériences devaient suivre « les 10 principes » proposés par les initiateurs du projet.

Dans un premier temps, les enfants observent un phénomène du monde réel. Ils émettent des hypothèses et effectuent des tests pour valider ou non leurs hypothèses. Le volume horaire hebdomadaire est au minimum de deux heures sur le même sujet et cela pendant plusieurs semaines.

Ces expériences peuvent être par exemple, l’observation et le dessin à la craie au sol d’une ombre à des heures différentes de la journée, la déformation d’une bouteille en plastique « vide » avec ou sans bouchon ou encore l’héliotropisme du « coco de Paimpol », un mot très compliqué pour évoquer le fait que certaines plantes se courbent vers le soleil.

Crédit photo: http://www.photos-gratuites.org

Le petit secret de cet enseignement est peut-être le « cahier d’expériences ». L’enfant y note, avec ses mots, ses observations, ses résultats.

« Ca sert à chercher, à écrire ce qu’on pense […] On peut y écrire des choses fausses, après on peut les corriger quand on a cherché. »
Propos des élèves du CE2 de l’école de Flornoy, Haute-Marne. Extrait de « L’Enfant et la Science. L’aventure de La main à la pâte » par G. Charpak, P. Léna, Y. Quéré aux Editions Odile Jacob, page 89

Une des forces de ce mouvement a aussi été la mise en place très tôt d’un site internet. Cela a permis la sortie de l’isolement de certains enseignants. Il s’agit d’une véritable plate-forme d’échange qui contient des outils pour les professeurs des écoles. Ils peuvent poser leur question, même en anonyme pour ceux qui ont encore peur du terrible « Je ne sais pas », pourtant nécessaire. Des modérateurs répondent aux questions et envoient les questions les plus spécialisées à des consultants scientifiques. En parlant de leur site, les auteurs évoquent d’ailleurs « le rêve de Célestin Freinet ».

« L’instituteur Célestin Freinet rêve d’une école qui soit libre, voire libertaire, où l’initiative est rendue aux maîtres et à la créativité des enfants. Dès 1924, Freinet introduit une imprimerie […], y créant le « livre de vie » […] Il crée ensuite une « coopérative d’entraide pédagogique » dont la revue « L’imprimerie à l’école » met en place un réseau de « livres de vie », composés et imprimés par les enfants des écoles. » Extrait de « L’Enfant et la Science. L’aventure de La main à la pâte » par G. Charpak, P. Léna, Y. Quéré aux Editions Odile Jacob, page 132

Les résultats des classes « Lamap » sont édifiants : les élèves sont motivés, ils sont débordants d’imagination et de créativité, certains reprennent goût à l’école, la motivation est là. Sans parler des professeurs, même non scientifiques, qui se passionnent sur des sujets précis pour répondre aux questions de leurs élèves. Certains parfois même se mettent à travailler autrement, différemment en voyant les résultats positifs de leurs élèves. On a noté une amélioration des résultats scolaires et peut-être même découvert que les élèves des classes « Lamap » avaient de meilleurs notes au niveau national que leurs petits camarades.

Je pourrai parler des heures et des heures de cet ouvrage mais je préfère vous laisser découvrir leur réflexion sur l’évolution du système éducatif ou encore la dimension internationale qu’a très vite pris « La main à la pâte ©». Aujourd’hui, « La main à la pâte ©» est une fondation avec un site internet sans doute encore plus riche qu’au moment de la rédaction de cet ouvrage.

Pour conclure, j’aimerai emprunter, à nouveau aux auteurs, cette magnifique phrase très simple mais qui en dit long, extraite de leur réflexion sur « la science, le langage et la polyvalence » :

« Pour apprendre, il vaut mieux aimer, et pour aimer il faut un contenu qui attire ».
Extrait de « L’Enfant et la Science. L’aventure de La main à la pâte » par G. Charpak, P. Léna, Y. Quéré aux Editions Odile Jacob, page 80

Sources et pour en savoir plus:
« L’Enfant et la Science. L’aventure de La main à la pâte » par G. Charpak, P. Léna, Y. Quéré aux Editions Odile Jacob
et
le site de la Fondation:
http://www.fondation-lamap.org/

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