(Re)Donner envie d’apprendre avec la Pédagogie positive

Ceci est ma contribution à la 101éme semaine des Vendredis Intellos de Mme Déjantée.

Pourquoi la rentrée scolaire rime-t-elle parfois avec une appréhension – voire une angoisse – qui s’installe pour les uns, avec la joie de voir leur enfant apprendre pour les autres? Ou est-ce un mélange de tout cela?

C’est sans doute pour éviter les maux de ventre du matin, les crises pendant les devoirs, les pressions inutiles sur nos enfants qu’Audrey Akoun et Isabelle Pailleau ont décidé de partager leur expérience dans un petit livre aussi magique que l’apprentissage, un livre qui (re)donne envie d’apprendre. Petit livre, que dis-je ? 192 pages que je n’arriverai jamais à présenter en un seul article.

Il s’agit de « Apprendre autrement avec la Pédagogie positive ». Avec autant de mots clés qui font tilt dans ma petite tête, je me devais de partager avec vous cette expérience de lecture.

Source: Amazon.fr

Parlons tout d’abord de cette pression, celle que nous subissons au quotidien. La réussite avant tout, à n’importe quel prix ! Et cette comparaison que nous faisons avec les autres, souvent sous la pression de l’entourage? Ca commence dès la petite section de maternelle : pourquoi parle-t-il moins bien que les autres enfants? Pourquoi n’est-il pas heureux de s’asseoir dans cette salle où s’entassent déjà plein d’enfants sages pour quelques heures (clin d’œil à Peter Gumbel)?

Dans un environnement de travail où les personnes ont de moins en moins la main sur leur activité […], nous observons que le contrôle se renforce dans la sphère familiale avec une pression sur le travail scolaire des enfants et une attente de réussite élevée ! 1

Pourquoi? Sans doute parce qu’on nous a martelé qu’il fallait être bon élève à l’école pour exercer un métier qui nous plaît (ou gagner plein d’argent pour les vénaux). Ceux d’entre vous qui ont eu des bonnes notes à l’école savent que ce n’est pas toujours vrai !

Dans leur état des lieux, les auteurs nous rappellent que nous ne sommes pas les seuls :

Ils (les enseignants) subissent à double-titre la pression descendante aussi bien à un niveau professionnel que personnel […] avec une responsabilité énorme sur les épaules […] avec des classes surchargées […]. Et sur un plan personnel ensuite, car la réussite ou l’échec de leurs élèves vient les atteindre au plus profond de leur confiance dans leurs capacités d’enseignant.  2

Je m’arrête là car l’objectif de ce livre est de POSITIVER. Tout d’abord, parce qu’il est temps de se débarrasser des idées reçues, les auteurs y consacrent un chapitre passionnant : « la chasse aux mythes ».

Ca vous dit quelque chose ?

On n’a rien sans rien !

Il faut souffrir pour être intelligent(e), pour y arriver.

C’est trop facile, c’est pas normal !

Il faut travailler beaucoup.

Mon enfant est feignant.

Pour réussir, il faut être motivé… 3

Les auteurs décortiquent un à un ces mythes avec humour et nous invitent à y participer.

Rappelons que le mot travail vient de tripalium, objet de torture du Moyen-Age. Edifiant, non? C’est pourquoi, nous avons trop souvent tendance à penser, en tant que parent, qu’il faut souffrir pour …être belle, réussir, y arriver (barrer les mentions inutiles). 4

Le but de l’école, c’est quoi ? C’est d’apprendre, n’est-ce pas ? Mais apprendre, c’est quoi exactement ? Les auteurs nous présentent leur vision de l’apprentissage après avoir fait un état des lieux de ce que nous pensons, selon l’âge que l’on a. Enfant, nous trouvons cela formidable, au collège, ça nous paraît plus compliqué et au lycée…ben euh…Pour ceux qui ne s’en souviennent pas, je vous invite à jeter un coup d’œil en page 34.

Dans ce chapitre sur l’apprentissage, les auteurs nous présentent pas à pas l’apprentissage avec la tête, avec le cœur mais aussi le corps. C’est l’approche « Tête, Cœur et Corps ». Audrey Akoun (thérapeute cognitivo-comportementaliste) et Isabelle Pailleau (psychologue clinicienne) nous y font partager leurs expériences professionnelles et personnelles.

Tout d’abord, comme chaque personne a une façon différente d’apprendre, elles nous proposent des exercices pour définir nos préférences évocatives, puis celles de notre enfant (ce ne sont pas forcément les mêmes !). On définit ensuite son profil d’apprentissage parmi ceux définis par Antoine de la Garanderie : Profil visuel et/ou profil auditif ou verbal et/ou profil kinesthésique. Les auteurs illustrent tout cela par des cas pratiques : un pur bonheur de lecture ! Je ne peux pas m’empêcher de vous parler de ces « petites astuces mnémotechniques pour ceux qui entendent dans leur tête »

Toujours prend toujours un s

Jamais n’est jamais sans s            5

Cela me rappelle une méthode utilisée par mon instituteur en CM2. Chacun de nous devait apprendre une phrase qui décrivait une règle d’orthographe, de conjugaison ou de grammaire. Pour certains, il s’agissait d’une énumération simple (la plus célèbre : Mais où et donc Ornicar? Ou celui qui n’a jamais réussi à se coordonner avec les autres, le comble pour les conjonctions de coordination), pour d’autres c’était un petit paragraphe (toujours en fonction de nos affinités).

Avant chaque dictée – je dis bien chaque dictée – nous récitions les uns après les autres notre « règle ». A l’époque, nous étions des petits champions en dictée (cela a malheureusement changé depuis…mais je me soigne).

J’en partage une que je retiens depuis presque trente ans (arrêtez de compter pour deviner mon âge, j’ai dit presque) :

 «  Courir et mourir ne prennent qu’un r car on ne meurt qu’une fois. Mais si dans le futur ou le conditionnel, on inventait un moyen de revivre, alors courir et mourir prendront deux r » D’après M. Porterman, Ecole Pierre de Ronsard, avec la déformation du temps ...

Revenons à nos moutons. J’ai parlé de la tête, c’est sûr, mais les auteurs nous rappellent la place du cœur, des émotions dans l’apprentissage.

Les émotions positives sont un moteur pour rentrer dans les apprentissages. […] Cependant d’autres émotions peuvent prendre le dessus et venir perturber le fonctionnement. Elles deviennent handicapantes pour apprendre sereinement.6

Toujours à partir d’exemples pratiques, les auteurs nous décrivent les différentes étapes de la confiance en soi mais surtout les techniques à mettre en œuvre pour nos enfants comme la valorisation, l’autonomie et la mise en place d’outils.

Pour ceux qui souhaitent que leur enfant adopte plus de comportements positifs (comme faire ses devoirs avant le dîner…ah…les devoirs), vous pourrez utiliser le tableau de renforcement avec des points rouges et des points verts. Quelle horreur ! diront certains. J’en ai fait partie avant de me dire que si le point rouge n’était pas une punition, alors pourquoi ne pas essayer avec les plus grands enfants. Les auteurs préconisent :

  •  Féliciter à chaque point vert, ne rien dire pour les points rouges. Se contenter de mettre le point rouge en sa présence.
  •  Pas de menace au point rouge.

[…] si les points rouges sont majoritaires en fin de semaine, ne partez pas dans une leçon de moral inutile. Au contraire, encouragez votre enfant en valorisant une progression ou en le plaçant dans une anticipation positive. 7

J’avoue avoir été plus emballée par la « méthode des petits pas » où l’on donne un objectif facilement atteignable à l’enfant au départ. La partie qui nous rappelle l’effet Pygmalion est assez édifiante. J’ai quand même la chair de poule quand je pense à l’expérimentation qui a été faite directement sur des enfants.

Après les émotions, le corps. Quelques techniques simples à appliquer : boire régulièrement de l’eau (les maîtresses vont adorer ça…humour), dormir (les ados vont adorer…), s’aérer (vive les récrés !), bien manger (mais pas que des bonbons). Mais Audrey Anouk et Isabelle Pailleau ne se sont pas arrêtées là, elles décrivent d’autres méthodes comme la relaxation et la visualisation positive.

La troisième partie du livre est formidable, un vrai régal. Je n’ose pas en parler dans cet article déjà si long, mais ce que je peux vous dire, c’est qu’on y parle de Mind Mapping et de philosophie. On y trouve aussi la description de deux méthodes utilisées par des enseignants « les lapbooks de Vincent et les Maps de Véronique ».

J’espère que les auteurs ne m’ont voudront pas pour cet article qui part dans tous les sens, mais cela reflète sans doute ma façon de penser (mon arbre mental). Je n’ai décrit ici que les parties qui m’intéressaient au moment de cette première lecture, et je suis sûre que chacun y trouvera son compte tellement les sujets évoqués sont nombreux.

Je vais donc conclure avec cette citation d’un homme qui a parlé à 4 ans, qui était un cancre à l’école et qui n’a pas trop mal réussi dans la vie:

 L’école devrait toujours avoir pour but de donner à ses élèves une personnalité harmonieuse et pas celui d’en faire des spécialistes.

Albert Einstein. 8

Ah, j’allais oublier un petit point important : le livre est en couleurs et avec des images !

 

 

 

Références:

1 : AKOUN Audrey, PAILLEAU Isabelle, Apprendre autrement avec la Pédagogie positive, Editions Eyrolles, Mai 2013 , pages 16/17

2 : AKOUN Audrey, PAILLEAU Isabelle, Apprendre autrement avec la Pédagogie positive, Editions Eyrolles, Mai 2013 , page 17

3: AKOUN Audrey, PAILLEAU Isabelle, Apprendre autrement avec la Pédagogie positive, Editions Eyrolles, Mai 2013 , page 23

4 : AKOUN Audrey, PAILLEAU Isabelle, Apprendre autrement avec la Pédagogie positive, Editions Eyrolles, Mai 2013 , page 24

5: AKOUN Audrey, PAILLEAU Isabelle, Apprendre autrement avec la Pédagogie positive, Editions Eyrolles, Mai 2013 , page 60

6: AKOUN Audrey, PAILLEAU Isabelle, Apprendre autrement avec la Pédagogie positive, Editions Eyrolles, Mai 2013 , pages 79,80

7: AKOUN Audrey, PAILLEAU Isabelle, Apprendre autrement avec la Pédagogie positive, Editions Eyrolles, Mai 2013 , page 103

8: AKOUN Audrey, PAILLEAU Isabelle, Apprendre autrement avec la Pédagogie positive, Editions Eyrolles, Mai 2013 , page 35

 

Le site des auteurs:

http://www.lafabriqueabonheurs.com/

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